[Récits] Contes pour Personnes Décédées

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[Récits] Contes pour Personnes Décédées

Message par Ankou le 03.09.13 12:48

Mettons bien les choses au clair. S'il est devenu si difficile de mettre la main sur un exemplaire des "Contes pour Personnes Décédées", ce n'est pas dû à un succès fulgurant qui aurait rendu l'ouvrage rare et précieux. C'est d'ailleurs plutôt le contraire, jamais on aura croisé de si mauvaise littérature sur les étagères d'une bibliothèque.


Rédigé quelques années après la Contagion sur Grimsara, son auteur, Ankouro van Tassel, affirme que ce recueil de contes n'est rien d'autre que le récit véritable de ses aventures de jeunesse à travers l'univers. Peut-être y trouve-t-on quelques bribes de vérité, mais après d'intenses recherches, il s'avère que la quasi-totalité des faits qu'il y rapporte n'ont jamais eu réellement lieu. Aujourd'hui, les endroits où l'on a le plus de chance de trouver un exemplaire de "Contes pour Personnes Décédées" sont les toilettes douteux d'une station essence orbitale, sous le pied d'un meuble branlant, ou dans les bibliothèques d'asiles psychiatriques abandonnés.

Récit d'un fou, simple fiction ou faits avérés, c'est aux quelques lecteurs qui tiendront un jour "Contes pour Personnes Décédées" entre leurs mains que nous laissons le soin de juger.
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Le Joueur de Banjo de la Planète Hamelin

Message par Ankou le 03.09.13 12:52



Il y a fort longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, était une petite planète qui répondait au nom d'Hamelin. Elle était si éloignée de la bordure de l'univers que personne n'y mettait jamais les pieds, ce qui faisait le bonheur de ses habitants qui n'aimaient pas trop les étrangers, par chez eux.

Pour ma part, j'étais un jeune soldat en ce temps là, et mon désir le plus cher était de partir à l'aventure dans de lointaines contrées inexplorées. La Guilde des Alchimistes de Grimsara était constamment à la recherche de nouveaux composants pour ses expériences scientifiques, et envoyait régulièrement de petites patrouilles sur les planètes méconnues afin d'y rapporter des matériaux rares. En manque d’adrénaline, je ne tardai pas à me porter volontaire et quelques jours plus tard, nous atterrîmes, moi et mon escouade, sur le sol poussiéreux de la planète Hamelin.

La planète Hamelin, sans pour autant être hostile, n'était que fort peu accueillante, composée en grande partie de terres sèches et inexploitables. Les premiers colons s'était donc tous rassemblés sur le seul endroit de la planète où il était possible de faire pousser quelque chose. Il s'agissait d'une petite colline recouverte d'herbe verdoyante, autour de laquelle s'élançaient de très hautes montagnes et de somptueuses chutes d'eau. Les colons y bâtirent la ville d'Hamelin, qu'ils appelèrent ainsi sans doute parce que ce serait plus facile pour la compagnie des postes. Il faisait bon vivre à Hamelin. Chaque année, la cité s'agrandissait, et les habitants étaient de plus en plus nombreux. Peut-être trop nombreux. Il devint rapidement très difficile de partager les terres entre toutes les familles de la ville, et ces dernières finirent par devenir plus cupides et avares les unes que les autres, préférant laisser mourir un affamé plutôt que de lui céder un quignon de pain sec.

Mais revenons-en à moi. Nous atterrîmes à quelques lieux à peine de l'entrée de la ville. Connaissant la méfiance des habitants envers les étrangers, mon groupe - composé de trois forts gaillards - et moi décidâmes de nous séparer. Un irait vers l'est, un autre à l'ouest, un autre au sud, et le dernier au Nord en direction de la ville. Le dernier, ce fut moi. C'est sous le regard agacé et méprisant des habitants que je fis mes premiers pas dans Hamelin.



Une fois passé les grandes portes de la ville, mon regard fut attiré vers un grand panneau sur lequel était clouée une affiche, disant que le maire était désespérément à la recherche d'un héros pour une tâche des plus importantes. A l'idée de pouvoir faire mes preuves et de monter un peu dans l'estime des habitants, je décidai de répondre à l'annonce. La mairie se situait tout au bout de la grande rue. La rue Hamelin. J'emboîtais donc le pas. Arrivé à un carrefour, je vis alors une chose incroyable. Les canaux de la ville, dans lesquels on s'attendait à voir couler l'eau des cascades environnantes, étaient remplis de milliers et de milliers de minuscules rowsdowers, à peine plus gros que des rats ! Subjugué par ce spectacle assourdissant, je demandai à un habitant - un vieux monsieur au sourire aimable et plein de compassion - de bien vouloir m'expliquer ce qu'il se passait. Sa réponse fut une claque, et je me souvins alors de l'inhospitalité légendaire qui régnait dans les rues de la ville.

Je repris donc le chemin de la mairie. A force de persuasion, je convainquis les gardes de me laisser passer, et arrivai enfin dans le bureau du maire. Empli d'assurance, je sortis de mon sac l'affiche que j'avais pris soin de décoller de son panneau, et la brandis en sa direction.

- Monsieur, vous cherchez un héros ! Et je suis un héros ! Marché conclu !
- N'est-il pas d'usage de convenir d'un marché avant de le conclure?, me demanda-t-il.
- ... Mais très certainement ! Alors dites moi, que se passe-t-il dans cette ville ?

Et le maire me raconta toute l'histoire. Tout d'abord, il est bon de savoir que sur la planète Hamelin, les rowsdowers n'ont jamais été très grands, de la taille d'une souris ou d'un rat, jamais plus, sans que personne ne sache pourquoi. De ce fait, ils n'avaient jamais été extrêmement populaires : de la laine de mauvaise qualité et bien trop peu de viande pour s'en régaler. La deuxième chose importante à savoir, c'est que l'ennemi naturel de ces minuscules créatures était le chat. Malheureusement, cela faisait plusieurs dizaines d'années qu'on avait plus aperçu de chat dans la ville d'Hamelin. Les habitants était devenus à ce point avares qu'à une époque, ils en eurent assez de les nourrir. Ils firent embarquer tous les chats de la ville dans une petite navette spatiale, qu'ils envoyèrent atterrir sur le soleil le plus proche. Les rowsdowers se multiplièrent donc, sans jamais s'arrêter, et Hamelin en était maintenant complètement infesté. Et il fallait faire vite, car les vilaines bêtes s’attaquaient à toutes les réserves de nourriture qu'ils engloutissaient à la vitesse de l'éclair, et dans quelques jours, les habitants d'Hamelin n'auraient plus rien à se mettre sous la dent. Ils étaient à ce point désespérés que malgré leur cupidité, ils promettaient un gros sac plein d'or à celui qui ferai s'en aller les rowsdowers. Et cela tombait parfaitement bien pour moi : l’assurance de la jeunesse m'avait conduit à me laisser pousser une moustache, et les soins capillaires coûtaient une véritable petite fortune. Je promis donc au maire que je serai son héros, et me mis donc au travail.



Mais toute l'après-midi, j'enchaînai les échecs. Peu importe comment je m'y prenais, impossible de faire déguerpir ces maudits rowsdowers. Pièges à rat, poison, grenades au plutonium, rien n'y faisait. Exténué, je m'assis au pied d'un arbre, tandis que le soleil se faisait de plus en plus bas et que les étoiles se mettaient à luire faiblement dans le ciel pourpre. J'entortillais mes doigts autour de ma moustache, dépité à l'idée de devoir bientôt m'en séparer. Pour rendre cette scène quelque peu plus mélancolique, j'ouvris mon sac et en sortit mon cher banjo, pour me mettre à en jouer une triste mélopée. Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver, quelques secondes plus tard à peine, une petite dizaine de rowsdowers. Ces derniers paraissaient totalement hypnotisés par la musique. J'aurais adoré pouvoir montrer ça à ma vieille voisine de pallier qui me jetait des briques à chaque fois que j'osais sortir mon instrument (sans mauvais jeu de mots). Quelques minutes plus tard, les rowsdowers étaient environ une centaine, je n'en croyais pas mes yeux. Une idée me vint alors.

Je me levai, et entreprit de traverser la ville de part en part, en suivant la grande rue. Tandis que des habitants agacés, légumes pourris à la main, apparaissaient à leurs fenêtres, tous se stoppèrent net en voyant le spectacle. Une vague de milliers de minuscules rowsdowers remontaient la rue Hamelin, moi en tête de peloton. Les grandes portes de la ville s'ouvrirent sous le son effréné de mon banjo, et je pris la direction de la rivière, où les petites créatures se noyèrent tous les uns après les autres. Triste sort pour ces pauvres bêtes, mais ma moustache le valait bien.



Mon retour au centre ville fut triomphale, et c'est sous les applaudissement des villageois en furie – je fus même blessé par une "petite" culotte qu'une grosse dame m'envoya en plein visage – que je retournai à l’hôtel de ville. Le Maire m'attendait, assis derrière son bureau, et me félicita chaleureusement.

- C'était un plaisir de vous aider, monsieur le maire. Vous, et tous les Hamelinoriens... Hamelinois ? Hum... Vous et tous les habitants d'Hamelin ! Si nous en venions à la récompense ?
- Pour sûr ! Me lança-t-il en riant comme un dément. Suite à quoi, il jeta en ma direction une petite poignée de pièces de cuivre.
- Nous avions convenu d'un gros sac plein d'or !
- Je ne vais quand même pas vous récompenser pour avoir jouer du banjo pendant cinq petites minutes, ce serait absurde !
- Je n'ai même pas assez pour me payer l'après-shampoing pour moustache, avec si peu.

Il se contenta de me répondre que je devrais faire avec, et je fus éjecté à coup de pied dans le derrière par la fenêtre de son bureau. Tandis que je l'entendais continuer de rire comme un zouave, je tentai d'organiser une mutinerie avec les habitants, mais ces derniers semblaient partager l'avis du Maire, et je fus sauvagement chassé d'Hamelin. Même les enfants s'y mirent et me jetèrent des fruits moisis et de la soupe bouillante au village. Pour des gens avares et sans scrupules, s'en était d'ailleurs étonnant, ils devaient vraiment être remontés contre moi. Tandis que les portes de la ville se refermaient, je promis de me venger de la ville et de tous ses habitants.



Ainsi, je quittai la planète Hamelin et partis à la recherche de quelqu'un qui pourrait m'en dire plus sur ce banjo, qui m'avait l'air doté de pouvoirs magiques incommensurables. Je l'avais acheté à un marché aux puces à un vieil homme étrange, borgne, avec une jambe de bois  et un crochet à la place de la main droite, mais toutefois très sympathique au demeurant. Après plusieurs jours de recherches, j'appris que mon instrument était une relique inestimable datant de plusieurs siècles, fabriqué sur la planète Mélodia, qui abritait les bardes les plus célèbres de toute la galaxie. Leur musique avait vraisemblablement le don d’envoûter ceux qui l'écoutaient, lorsque l'on jouait les bons accords. Un plan machiavélique se mit alors doucement en place dans mon esprit, tandis que je tortillais machiavéliquement ma moustache - machiavélique elle aussi - entre mes doigts.



Une semaine après m'en être fait mis à la porte, j'atterrissais à nouveau sur Hamelin, armé de mon banjo et de mon seul courage. J'esquivai les gardes, remonta discrètement la rue Hamelin, et me glissa sur un petit promontoire installé sur la grande place de la ville. La Place Hamelin, au cas où vous ne l'auriez pas deviné. Et alors, je me mis à jouer une mélodie pleine d'entrain.

Je vis alors les lumières des habitations les plus proches s'allumer, des fenêtres s'ouvrir, et des habitants fous furieux se mirent à m'insulter. Ces derniers s'arrêtèrent lorsqu'ils aperçurent que tous les enfants de la ville sortaient un à un de leurs maisons respectives et se mettaient à marcher lentement dans ma direction, le regard vitreux et un filet de bave aux lèvres. Je pris alors la direction de la sortie de la ville, en un rythme de musique effrénée, suivi de prêt par ma petite armée de pré-adolescents boutonneux, sous le regard effrayé de leurs parents.

Nous passâmes le pont de la rivière, où les quelques milliers de minuscules rowsdowers s'étaient noyés quelques jours plus tôt, et arrivâmes à l'orée d'une forêt dans laquelle nous nous engouffrâmes. Les arbres étaient de plus en plus nombreux, et leur feuillage de plus en plus dense, et nous n'eûmes aucun mal à semer le groupe des adultes.

Nous atteignîmes  enfin mon vaisseau spatial, que j'avais garé à quelques lieux de là, et j'y fis monter mon petit groupe en file indienne. Nous nous envolâmes alors tous ensemble vers de nouvelles aventures. Les habitants de la ville d'Hamelin ne surent jamais ce qu'il s'était réellement passé ce jour là, ni où leurs enfants avaient bien pu disparaître. Ils ne retrouvèrent que les restes de mon banjo magique, que j'avais pris soin de briser avant d'embarquer, conscient qu'un tel artefact engendrerait un jour plus de mal que de bien.



Et les enfants, me direz-vous, que sont-ils devenus ? Ils vont parfaitement bien. Je les ai tous déposés sur une petite planète désertique et peu connue de la bordure de l'univers, loin de leurs méprisables parents. Ils y ont bâtit une petite ville, sur le seul endroit de la planète où il était possible de faire pousser quelque chose. Je leur appris à ne compter que sur eux-mêmes, à ne pas faire confiance aux étrangers, à rester prêts de leur argent, à ne jamais le dépenser inutilement. Ils devinrent tous adultes, et chaque année, la cité s'agrandissait, et les habitants étaient de plus en plus nombreux. Oui, il faisait bon vivre sur la planète Hamelin 2.
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